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François Cabrit
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![]() Arbuans - 2009 détrempe sur toile 195 x 243 cm |
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L’œuvre de François Cabrit se compose de plusieurs séries : des chambres au lit défait, des scènes de rues, des vues urbaines nocturnes et diurnes, et surtout, des paysages. Ceux-ci ont longtemps été de format panoramique ; mais depuis ces toutes dernières années, ce sont essentiellement des gros plans sur des éléments de sous-bois ou de bords de mers : troncs, cours d’eau, rochers. Les couleurs dominantes y sont le vert, le brun, le gris, ainsi que le bleu. L’ambiance y est humide et fraîche, ombreuse et pailletée.Des titres indiquent les lieux représentés. Ce n’est pas inutile car les paysages choisis n’ont rien de topographiquement bien spécifique : la végétation et les roches pourraient être d’ici comme d’ailleurs. Certains sont connus, et ils ajoutent, de loin, à la composition leurs connotations propres — Vallée-aux-Loups, Giverny — ou bien la poésie due à la sonorité de leur nom — Arbuans, Cressia. En outre, des souvenirs picturaux s’accumulent dans ces compositions : le tronc noueux et massif d’un arbre évoque la silhouette du bœuf écorché de Rembrandt, la ruisseau qui se tortille entre des rochers rappelle Courbet et la source de la Loue. Dans ces vues de la nature se tient ainsi un peu plus que la réalité représentée.Pourtant, l’on sent aussi l’amour que le peintre porte à cette réalité même, qui est loin d’être simple prétexte à la peinture : les feuilles mortes y sont sèches et cassantes, la mousse s’y étale duveteuse et légère, les lichens y ont des reflets argentés, l’écorce y est rugueuse et le rocher, coupant, l’eau y est écumante ou vitrée. La précision avec laquelle sont rendus certains massifs de végétation évoque Pisanello et les tout premiers maîtres de la Renaissance, qui décrivaient une à une chaque espèce de fleur, exaltant ainsi sa beauté.La technique de l’artiste est particulière. Peignant à la détrempe, qui est naturellement mate, il refuse les glacis ou les empâtement de l’huile pour privilégier des effets de surface : des branches de fougère sont suspendues sur un flouté d’herbages, les troncs sont veinés de diverses nuances, sur le sol, les ombres semblent flotter. Chaque composition est ainsi comme un assemblage de textures, de zones ombreuses ou bien ensoleillées, de parties parfaitement nettes et d’autres vaporeuses. On se rappelle la manière dont Vuillard peignait les jardins et les intérieurs, tel un patchwork d’étoffes. Il en résulte, ici, un espace presque plat et miroitant, dont la structure géométrique fait aussi songer aux premiers tableaux cubistes de Braque, ceux qui représentent des vues de l’Estaque.Les différents morceaux de cet espace ont ainsi chacun la même intensité optique, ce qui procure un sentiment d’irréalité : ce n’est pas nous qui nous approchons des choses et les distinguons les unes des autres, ce sont elles qui viennent au devant de nous, toutes ensemble et dans un même frémissement.C’est pourquoi ces fragments de nature ont quelque chose d’absolu et d’entier, comme si le peintre, dans sa boulimie, avait voulu mettre dans chaque tronc, tous les troncs, dans chaque rocher, tous les rochers, mais aussi dans chaque paysage, la vision des peintres qui l’on précédé. Anne Malherbe |
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