| Galerie |
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Frédéric Monnet
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| Père et fils 2007 - Huile sur toile 146 x 97 cm |
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| Il faut se préparer à une immersion. Car c’est de cela dont il s’agit. D’une immersion dans la couleur, le trait, le fond. Une immersion dans un monde de mouvements, de danses sans règles préétablies, de tournoiements sans système de référence.
Il y a ce travail essentiel que cet artiste mène depuis plusieurs années déjà, sur l’intimité du trait et du fond et sur les rapports transversaux qu’ils entretiennent malgré (ou à cause) de l’emportement des couleurs. Ou comment ôter au champ de la figuration ce qui ne deviendra jamais complètement de l’abstraction ? Ce travail, souvent en forme de pas de danses avec le trait (Florilège de Sévillanes) se fonde sur autant de mémoires successives de Frédéric Monnet. Des femmes, des hommes, des (ses) enfants, mêlés à des rêves d’oiseaux (Le sommeil des enfants aux oiseaux), de fleurs, d’élévations bruissantes, d’enlacements ligneux. Constamment il faut qu’il y ait là, au cœur même d’une nature liante, enrobante, luxuriante mais irréelle, de l’humain : une femme, un homme, un enfant enfoui(e) mais démultiplié(e), enrobé(e), emmêlé(e) aux branches ou aux racines (on ne sait plus) d’un grand arbre fondateur. Un être “ mangé par les fleurs” au point de ne plus savoir son identité (Fleur d’homme). Mangé par les fleurs cet être qui cherche à contenir, dans une limite, le souvenir tourmenté du rapport à l’Autre. Le contenir mais avec le désir de le repousser au-delà de ses propres points d’ancrage (Les Plongeurs). Si le mot n’était pas si mystique, si chargé, on pourrait dire que c’est une sorte de quête narrative. Pas désespérée du tout. Sans doute désespérante pour celui qui la mène ! Trop de voyages immobiles, intérieurs, chaotiques ont peut-être fondé ces mémoires individuelles et successives. Avec ces corps en mouvement, perpétuellement en mouvement. “ Prise de tête assurée ”, dit-il “ pour chacun de nous, avec nos soucis, notre vision de l’autre, nos quotidiens, ces problèmes d’occidentaux, les nôtres...”. Et aussi dans ce qui n’est pas dit, l’ailleurs toujours renvoyé dans l’improbable. Nos rêves prisonniers d’eux-mêmes, de leur désir d’évasion, de leur impossibilité à vivre la seule et simple nécessité de vivre. On peut penser encore ici à cette phrase de Maurice Blanchot : “ Si j’avais un corps, je porterai les mains à ma gorge ”.
Il fallait qu’un voyage - un vrai voyage - vienne bouleverser cette mise en abîme du quotidien et de son auto narration. Le voyage à Madagascar.
Un coup d’éclair et un éclat décisif dans le ciel familier des fleurs enlaçantes, des traits tournoyants et des fonds pulsants. La révélation à mesure que le séjour s’étirait au soleil de cet Océan Indien si enflammé de sa propre luxuriance, d’un désir, d’un épanouissement, d’une “ grâce d’être sur terre ” qui va au-delà, très au-delà des rondes d’oiseaux autour des enfants endormis et des enfants européens qui rêvent qu’ils volent. “ La prise de conscience qu’ici le problème c’est de vivre, de ne pas mourir l’instant d’après” révèle Frédéric Monnet alors que sa peinture prend tout d’un coup un nouveau ton. Elle devient constat. Elle n’est plus une narration mais une représentation (re-présentation) de la réalité. Les hommes et les femmes à nouveau peuvent se présenter en pieds, dans la posture immédiate du moment saisi. Ainsi Père et fils, encore accroché par lambeaux à l’ancienne mémoire narrative mais émergeant du mouvement pour s’enraciner dans la réalité, d’un coup de pelle décisif. Avec ces cinq paysans sur le bord d’une route (Paysans de Madagascar), ça y est, les circonvolutions de cette mémoire du peintre s’en sont allées ; seul reste, éloquent et troublant, le constat de la réalité. Ici une petite famille sur une plage. Là, cinq femmes dans une boîte de nuit pour une mise en demeure de s’offrir (Danseuses Mangily) et une peinture aventureuse qui entonne tout d’un coup l’aria de l’attirance-répulsion et consomme le rouge du désir, jusqu’à ce que, comme le sang du taureau, il consume le fond.
La dialectique du fond, du trait et de la couleur si personnelle à ce peintre semble bien avoir trouvé, dans l’aveuglante réalité de Madagascar, un achèvement... jusqu’à la prochaine aventure.
Francis Rousseau |
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